Santé du chiot et coûts vétérinaires

La leishmaniose

La leishmaniose ne se guérit pas, elle se contrôle. Le traitement dure toute la vie de l’animal, il coûte 400 à 800 euros par an, et c’est l’affection pour laquelle l’absence de changement d’assureur est la plus impérative.

Mis à jour le 8 min de lecture

Un chien à l’ombre d’un arbre dans le sud de la France en fin de journée

Une maladie de zone, mais plus seulement du Sud#

La leishmaniose canine est due à un parasite, Leishmania infantum, transmis par la piqûre d’un petit insecte, le phlébotome. Le parasite se multiplie dans les cellules du système immunitaire et diffuse dans tout l’organisme : peau, ganglions, moelle osseuse, rein, œil, articulations.

La zone endémique historique couvre le pourtour méditerranéen français, des Pyrénées-Orientales aux Alpes-Maritimes, avec la Corse, et remonte la vallée du Rhône. Deux évolutions ont élargi la carte. Les phlébotomes progressent vers le nord avec le réchauffement, et des foyers sont désormais identifiés au-delà de la zone classique. Et surtout, la mobilité des animaux fait apparaître des cas partout en France : un chien qui a passé quinze jours de vacances dans le Var peut déclarer la maladie deux ans plus tard en Bretagne.

C’est ce second point qui surprend le plus les propriétaires. L’incubation est longue, de trois mois à plusieurs années, et le lien avec un séjour ancien n’est pas fait spontanément. Un chien du nord de la France qui présente des lésions cutanées chroniques et une perte de poids doit faire évoquer la leishmaniose dès lors qu’il a séjourné en zone endémique, même brièvement, même des années plus tôt.

Le phlébotome est actif du crépuscule à l’aube, de mai à octobre selon la latitude, et il ne vole que sur de courtes distances. Cette biologie commande la prévention : ce sont les soirées d’été en extérieur qui exposent, pas les promenades de midi.

Les signes, cutanés puis généraux#

La forme la plus fréquente associe des signes cutanés et des signes généraux d’installation progressive.

Lésions cutanées. Perte de poils autour des yeux, donnant un aspect de lunettes, squames abondantes sur le dos et la tête, ulcères sur les points d’appui et à la face interne des oreilles, croissance excessive des griffes. Cette dernière, l’onychogryphose, est très évocatrice et souvent la première chose que remarque le propriétaire.

Amaigrissement progressif malgré un appétit conservé, fonte musculaire visible sur la tête.

Ganglions augmentés de volume, palpables sous la mâchoire et derrière les genoux.

Saignements de nez, parfois isolés et récidivants.

Atteinte oculaire. Uvéite, conjonctivite chronique, parfois perte de la vision.

Atteinte rénale, silencieuse au début, qui détermine le pronostic. C’est l’insuffisance rénale qui emporte les animaux non traités ou traités tardivement.

Le coût, à l’installation et à vie#

PosteMomentCoût observé
Consultation et examen cliniqueDiagnostic initial45 à 75 euros
Sérologie quantitativeConfirmation, titre d’anticorps60 à 130 euros
Bilan sanguin complet et protéinesRetentissement, suivi de référence120 à 220 euros
Analyse d’urine avec rapport protéines créatinineÉvaluation rénale, déterminante60 à 120 euros
Cytologie ganglionnaire ou médullaireRecherche directe du parasite90 à 200 euros
Traitement d’attaque, 4 à 6 semainesAntimoniate ou milténosane, plus allopurinol200 à 450 euros
Traitement d’entretienAllopurinol en continu25 à 60 euros par mois
Cures de traitement d’attaque ultérieuresUne à deux fois par an selon l’évolution200 à 450 euros par cure
Suivi biologique2 à 4 bilans par an150 à 400 euros par an
Alimentation rénale, si atteinte installéeEn continu60 à 100 euros par mois, non remboursés
Prise en charge de l’insuffisance rénaleStade avancé600 à 2 000 euros par an

La première année coûte 900 à 1 800 euros. Les années suivantes se situent entre 400 et 900 euros hors complication, et bien davantage si le rein se dégrade. Sur une espérance de vie de huit ans après le diagnostic, le cumul atteint 4 000 à 9 000 euros, dont une part significative, l’alimentation thérapeutique, n’est couverte par pratiquement aucun contrat.

Le traitement contractuel, et l’erreur à ne pas commettre#

La leishmaniose relève de la garantie maladie sans difficulté de qualification : c’est une maladie parasitaire acquise. Elle n’est visée par aucune clause héréditaire. Mais elle concentre trois difficultés contractuelles que peu d’affections réunissent.

La franchise par acte est rédhibitoire. Le traitement d’entretien est mensuel, les bilans sont trimestriels, les consultations semestrielles. Une franchise de 45 euros par acte sur douze à vingt actes annuels absorbe la quasi-totalité du remboursement. Sur ce profil, la franchise annuelle n’est pas une préférence, c’est la condition pour que le contrat serve à quelque chose. Voir franchise.

Le plafond annuel est atteint tôt les années de complication. Une année avec une cure d’attaque, deux bilans et une décompensation rénale dépasse 2 500 euros. Un plafond de 1 500 euros laisse un reste à charge structurel.

Le changement d’assureur devient impossible. C’est le point le plus important de cette page. Une fois la leishmaniose diagnostiquée, tout nouveau contrat l’exclura comme affection antérieure, définitivement. Un chien leishmanien assuré chez un assureur y reste, quelle que soit la revalorisation tarifaire. Les leviers disponibles sont la réduction du taux, l’augmentation de la franchise annuelle et le retrait du forfait prévention, jamais le changement. Voir changer d’assureur.

La prévention, qui fonctionne réellement#

Trois moyens se cumulent, et aucun ne suffit seul.

Les insecticides répulsifs anti-phlébotomes. Colliers à la deltaméthrine ou pipettes à la perméthrine, dont l’efficacité répulsive est documentée. Ils doivent être posés avant l’exposition, avec un délai d’installation de l’efficacité de quelques jours, et renouvelés selon la durée d’action du produit. Coût : 60 à 140 euros par saison.

La vaccination. Disponible en France, elle réduit le risque de développer une forme clinique chez un chien infecté, sans empêcher l’infection. Elle demande une sérologie négative préalable, une primovaccination puis un rappel annuel. Coût : 150 à 250 euros la première année, 80 à 130 euros ensuite. Elle se justifie en zone endémique, pas pour un séjour de quinze jours.

La gestion de l’exposition. Rentrer l’animal du crépuscule à l’aube en saison, installer des moustiquaires à maille fine, éviter les zones humides et les tas de matière organique où se développent les larves. C’est la mesure la moins coûteuse et la plus souvent négligée.

Pour un séjour de vacances, la conduite raisonnable est le répulsif posé une semaine avant le départ et maintenu tout le séjour, plus la gestion des soirées. Pour une installation permanente en zone endémique, les trois moyens se cumulent.

Questions fréquentes#

La leishmaniose est-elle transmissible à l’humain ?#

Le parasite peut infecter l’humain, mais pas par contact direct avec un chien : il faut la piqûre d’un phlébotome infecté. Un chien leishmanien vivant dans un foyer ne contamine ni ses maîtres ni les autres animaux par léchage, morsure ou partage de gamelle. Le risque humain existe dans les zones endémiques, il concerne principalement les personnes immunodéprimées et les jeunes enfants, et la protection passe par la lutte contre les insectes, pas par l’éloignement du chien.

Un chien séropositif sans symptôme doit-il être traité ?#

Pas nécessairement, et c’est une décision qui appartient à votre vétérinaire. Un chien infecté avec un titre d’anticorps faible, un bilan biologique normal et aucun signe clinique peut être simplement surveillé, avec un bilan semestriel. Le traitement se met en place lorsque le titre s’élève, que des signes apparaissent ou que le rapport protéines créatinine urinaire se dégrade. Sur le plan contractuel, ce suivi de surveillance est remboursable au titre de la garantie maladie, l’affection étant diagnostiquée.

Peut-on assurer un chien déjà diagnostiqué ?#

Vous pouvez souscrire, mais la leishmaniose et ses complications seront exclues, ce qui retire du contrat l’essentiel de ce dont ce chien a besoin. La souscription garde un intérêt pour tout le reste, accidents, affections digestives, chirurgies sans rapport. Ne renoncez donc pas à assurer, mais n’attendez aucune prise en charge de l’affection connue, et lisez attentivement l’étendue de l’exclusion : une exclusion rédigée pour viser les affections rénales en général serait beaucoup plus large que nécessaire et mérite discussion.

L’alimentation rénale est-elle remboursée ?#

Presque jamais. Les aliments diététiques prescrits, y compris sur ordonnance et pour une affection diagnostiquée, sont exclus de la majorité des contrats au titre des produits non médicamenteux. Quelques contrats prévoient un forfait spécifique plafonné à 100 ou 150 euros par an, très en dessous d’une dépense réelle de 700 à 1 200 euros. C’est le poste non couvert le plus lourd de ce dossier, et il doit figurer dans votre budget dès le diagnostic.

Faut-il euthanasier un chien leishmanien ?#

Non, et cette question mérite une réponse claire parce qu’elle est encore posée. Un chien diagnostiqué tôt, traité et suivi vit des années avec une qualité de vie normale. L’euthanasie ne se discute que sur une insuffisance rénale terminale ou une dégradation majeure réfractaire au traitement, comme pour toute affection chronique. La décision relève de votre vétérinaire et de vous, sur l’état de l’animal, jamais sur le seul diagnostic.