Santé du chiot et coûts vétérinaires

Les plaies et les morsures

Une plaie de morsure de trois millimètres peut cacher un décollement de dix centimètres. C’est la raison pour laquelle la consultation immédiate est la règle, et la raison pour laquelle la facture surprend.

Mis à jour le 8 min de lecture

Un jeune chien couché sur un tapis, une patte bandée, sa propriétaire assise près de lui

Pourquoi une morsure est toujours plus grave qu’elle n’en a l’air#

Le mécanisme d’une morsure associe deux actions. Les dents perforent la peau en quelques points, puis la mâchoire écrase et cisaille les tissus sous-jacents pendant que l’animal secoue. Le résultat est une lésion en iceberg : deux petits trous visibles, et sous la peau un décollement, des muscles contus et des tissus dévitalisés sur une surface bien plus large.

Trois conséquences en découlent.

La plaie est toujours infectée. La cavité buccale d’un chien est riche en bactéries, et la morsure les inocule en profondeur dans un tissu mal vascularisé. Le taux d’infection des plaies de morsure non traitées est élevé, et l’infection se déclare typiquement à quarante-huit ou soixante-douze heures, quand le propriétaire pensait l’affaire classée.

L’étendue réelle n’est visible qu’après exploration. Une exploration sous sédation, avec parage des tissus dévitalisés, est souvent nécessaire. C’est ce qui explique qu’un devis établi à l’accueil soit dépassé après l’exploration.

Les lésions profondes peuvent être vitales. Une morsure du thorax peut ouvrir la cavité thoracique, une morsure de l’abdomen peut léser la paroi, une morsure du cou peut atteindre la trachée. Sur un chiot mordu par un grand chien, la disproportion des gabarits produit des lésions internes sans blessure cutanée spectaculaire.

Ce que coûtent les différents niveaux de prise en charge#

Prise en chargeSituationCoût observé
Consultation, désinfection, antibiotiquePlaie superficielle, propre, récente90 à 220 euros
Parage et suture sous sédationPlaie franche, peu contuse300 à 700 euros
Exploration, parage étendu, drainMorsure avec décollement600 à 1 400 euros
Hospitalisation, 1 à 3 joursPlaie infectée, drain, surveillance90 à 170 euros par jour
Chirurgie de reconstruction, lambeauPerte de substance cutanée900 à 2 200 euros
Chirurgie thoracique ou abdominalePlaie pénétrante1 500 à 3 500 euros
Prise en charge d’un abcès secondaireÀ 3 à 7 jours d’une plaie négligée250 à 700 euros
Pansements répétésPlaie laissée ouverte à cicatriser45 à 90 euros par pansement, 5 à 15 fois
Chirurgie d’un tendon ou d’une articulationMorsure de membre profonde1 200 à 2 800 euros

Le rapport entre la première et la dernière ligne est de un à trente. Et l’essentiel de cet écart se joue non sur la gravité initiale mais sur le délai : une plaie parée dans les six heures se referme, la même plaie vue à trois jours est infectée, doit rester ouverte, et se traite en quinze pansements.

Le traitement contractuel#

La morsure et la plaie réunissent les trois critères de la définition contractuelle de l’accident dans toutes les rédactions : soudaine, extérieure à l’animal, involontaire. La qualification ne se discute pas, ce qui donne à ce sinistre les avantages du volet accident : carence courte de deux à sept jours, plafond parfois distinct, et couverture par une simple formule accident à 10 à 15 euros par mois. Voir garantie accident.

Trois points méritent attention.

Les circonstances écrites sont indispensables. Date, heure, lieu, déroulement, et identification de l’animal ou de la personne à l’origine de la blessure quand elle est connue. C’est la pièce qui fonde la qualification accident et qui permet la subrogation. Deux lignes factuelles suffisent, mais elles doivent exister. Voir déclarer un sinistre.

La série de pansements peut déclencher plusieurs franchises. Une plaie laissée ouverte demande huit à quinze pansements sur trois à six semaines. Sur un contrat à franchise par acte de 45 euros, cela représente 360 à 675 euros de franchises cumulées, ce qui annule l’essentiel du remboursement. Vérifiez la définition du sinistre unique dans vos conditions générales : dans la plupart des contrats, un épisode et ses suites constituent un sinistre unique, donc une seule franchise. Si le gestionnaire applique une franchise par pansement, demandez par écrit la clause qui le justifie. C’est l’erreur de gestion la plus fréquente sur ce type de dossier.

La clause de négligence est parfois opposée. Sur une morsure survenue au cours d’une altercation dans un contexte où la surveillance était manifestement insuffisante, quelques assureurs tentent de s’en prévaloir. Elle est difficile à soutenir : une altercation entre chiens au cours d’une promenade normale n’est pas une négligence, et la charge de la preuve de l’application d’une exclusion pèse sur l’assureur.

Le recours contre le propriétaire de l’autre chien#

C’est le volet le plus souvent négligé et le plus intéressant financièrement.

Le propriétaire ou le gardien d’un animal répond des dommages qu’il cause, sur le fondement de l’article 1243 du Code civil, sans qu’il soit nécessaire de prouver une faute. La responsabilité est donc de plein droit, ce qui simplifie considérablement le recours. Les dommages causés par un chien à un autre chien entrent dans ce champ, et ils sont couverts par la garantie responsabilité civile vie privée de l’assurance habitation multirisque du propriétaire de l’animal mordeur.

Cinq gestes à faire sur place, dans l’ordre.

Relever l’identité du propriétaire et son numéro de téléphone, ainsi que le nom de son assureur habitation si possible.

Noter l’identification de l’animal, numéro de puce ou à défaut race, taille, robe.

Recueillir les coordonnées d’un témoin s’il y en a un. Une attestation de témoin vaut beaucoup dans ce type de dossier.

Photographier les lésions avant tout soin, et le lieu de l’altercation.

Faire constater les lésions le jour même par un vétérinaire, avec un certificat descriptif détaillé.

Avec ces éléments, deux voies s’ouvrent. La déclaration à votre propre assureur, qui vous indemnise puis exerce sa subrogation. Ou la demande directe auprès de l’assureur du responsable, qui peut aboutir à une indemnisation intégrale, franchise comprise, ce que votre contrat ne permettra jamais. La seconde voie est plus longue mais plus complète : elle est à privilégier sur les gros sinistres et lorsque le responsable est identifié et coopératif. Voir litige et recours.

Les obligations administratives#

Une morsure sur une personne doit être déclarée. Le propriétaire ou le détenteur de l’animal mordeur est tenu de déclarer la morsure à la mairie de sa commune de résidence. L’animal est alors soumis à une surveillance sanitaire vétérinaire, en trois visites réparties sur quinze jours, destinée à écarter le risque rabique. Ces visites sont à la charge du propriétaire, 120 à 250 euros au total, et ne sont pas remboursées par le contrat santé animale, s’agissant d’une obligation administrative et non d’un soin.

Le maire peut en outre ordonner une évaluation comportementale de l’animal, réalisée par un vétérinaire inscrit sur une liste départementale. Elle coûte 100 à 250 euros, n’est pas remboursée, et son résultat peut conduire à des mesures allant d’une formation du maître au placement de l’animal.

Ces obligations s’appliquent quelle que soit la race, y compris pour un chien qui n’est pas classé en catégorie 1 ou 2, et y compris quand la personne mordue est le propriétaire lui-même.

Questions fréquentes#

Faut-il donner un antibiotique de sa propre initiative ?#

Non. Une antibiothérapie mal choisie ou mal dosée sélectionne des bactéries résistantes et complique la prise en charge ultérieure, et surtout elle masque l’évolution : une plaie sous antibiotique insuffisant peut paraître calme tout en s’infectant en profondeur. N’administrez jamais un antibiotique humain, plusieurs molécules étant inadaptées ou toxiques. Le premier geste utile est de comprimer un saignement avec un linge propre et de se rendre à la clinique.

Une plaie doit-elle toujours être suturée ?#

Non, et c’est souvent un choix délibéré du praticien. Une plaie de morsure très contuse ou vue tardivement est laissée ouverte, avec ou sans drain, pour permettre l’évacuation des sécrétions et éviter l’abcès. Elle cicatrise plus lentement mais plus sûrement. Cette option coûte plus cher en pansements répétés, et c’est précisément le cas où la définition du sinistre unique dans votre contrat prend toute son importance.

Mon chien a été mordu chez un dog-sitter, qui paie ?#

Votre contrat santé animale joue normalement, la garantie suivant l’animal et non le lieu. Si la responsabilité du gardien est en cause, défaut de surveillance, mise en présence imprudente, votre assureur peut exercer sa subrogation contre lui ou son assureur. Si le chien mordeur appartient au gardien ou à un autre client, le recours se dirige contre son propriétaire selon le régime de l’article 1243 du Code civil. Documentez les circonstances par écrit auprès du gardien, le jour même.

Les frais de surveillance sanitaire après morsure sont-ils remboursés ?#

Non. Les trois visites de surveillance imposées après une morsure sur une personne relèvent d’une obligation administrative de police sanitaire, pas d’un soin sur une affection. Aucune garantie santé animale ne les couvre, et le forfait prévention ne les inclut pas non plus, ne figurant pas sur les listes limitatives d’actes éligibles. Comptez 120 à 250 euros à votre charge, ainsi que l’éventuelle évaluation comportementale.

Une cicatrice inesthétique peut-elle être reprise ?#

Une reprise purement esthétique ne sera pas prise en charge, les contrats excluant la chirurgie de convenance. Une reprise fonctionnelle l’est : cicatrice rétractile limitant l’amplitude d’un membre, bride douloureuse, cicatrice se rouvrant au frottement. La distinction se lit dans le motif porté sur le devis et le compte rendu. Faites documenter le retentissement fonctionnel avant l’intervention, et non après le refus.