Santé du chiot et coûts vétérinaires

Le surpoids et l’obésité

L’obésité n’est pas un sinistre : aucun contrat ne rembourse un régime. C’est pourtant le facteur qui augmente le plus toutes les autres dépenses de santé, et il se décide pendant la croissance.

Mis à jour le 8 min de lecture

Un chien debout sur une balance dans une salle d’attente de clinique vétérinaire

Une prévalence élevée et une sous-estimation générale#

Une part importante des chiens en France est en surpoids ou obèse, et la proportion de propriétaires qui le savent est bien plus faible. Le décalage tient à un biais de perception simple : le point de comparaison de chacun est la population canine qui l’entoure, elle-même majoritairement en surpoids. Un chien à son poids de forme paraît maigre à beaucoup de gens.

L’évaluation objective ne se fait pas au poids sur la balance, qui ne dit rien sans référence de race et de gabarit, mais par la note d’état corporel, une grille en cinq ou neuf points que tout vétérinaire utilise. Trois repères permettent de s’autoévaluer entre deux consultations.

Les côtes. Elles doivent se palper facilement à travers une fine couche de tissu, sans appuyer. Si vous devez presser pour les sentir, l’animal est en surpoids. Si elles sont visibles, il est trop maigre.

La taille, vue de dessus. Un creux doit se dessiner derrière les côtes. Une silhouette rectangulaire, sans rétrécissement, signe le surpoids.

La ligne du ventre, vue de profil. Elle doit remonter de la poitrine vers l’aine. Une ligne horizontale ou pendante signe le surpoids.

Ce que le surpoids coûte réellement#

Le surpoids n’apparaît sur aucun décompte d’assurance. Il apparaît sur tous les autres.

ConséquenceMécanismeSurcoût induit
Arthrose précoce et plus sévèreContrainte mécanique majorée sur les articulations400 à 1 200 euros par an à partir de l’âge moyen
Dysplasie symptomatique plus fréquenteUne dysplasie radiologique tolérée devient douloureuse1 500 à 3 500 euros par articulation opérée
Rupture du ligament croiséContrainte accrue sur un ligament fragilisé1 500 à 3 000 euros par genou
Risque anesthésique majoréVentilation, dosage, durée de réveil100 à 300 euros par anesthésie
Diabète sucréRésistance à l’insuline700 à 1 600 euros par an, à vie
Affections cardiorespiratoiresCharge de travail cardiaque, intolérance à l’effort300 à 900 euros par an
Dermatites des plisMacération dans les replis créés par la graisse150 à 400 euros par épisode
Coup de chaleurThermorégulation dégradée400 à 1 800 euros par épisode
Espérance de vie réduiteEffet documenté, de l’ordre de plusieurs mois à deux ansNon chiffrable

Aucune de ces lignes n’est refusée par un contrat au motif du surpoids : ce sont des affections couvertes. Le surpoids ne réduit donc pas votre remboursement, il augmente le nombre de fois où vous en aurez besoin, et il rapproche le plafond annuel.

Comment il s’installe chez le chiot#

Quatre mécanismes, tous évitables, et tous plus faciles à éviter qu’à corriger.

La ration non ajustée à la croissance. Les besoins énergétiques par kilo diminuent à mesure que le chiot grandit. Une ration calculée à trois mois et maintenue à huit mois représente un excès substantiel. La ration se recalcule toutes les trois à quatre semaines pendant la croissance, sur le poids attendu à l’âge adulte et non sur le poids actuel.

Les friandises non comptées. Les récompenses de l’éducation, les restes de table, un morceau de fromage, une tranche de jambon. Sur un chien de dix kilos, quelques friandises quotidiennes représentent une part notable de l’apport journalier. La règle pratique est simple : les friandises entrent dans la ration, et la ration de croquettes se réduit d’autant.

La stérilisation sans ajustement. La dépense énergétique de repos diminue après la stérilisation. Sans réduction de la ration, dans les proportions indiquées par votre vétérinaire, la prise de poids est mécanique dans les mois qui suivent. C’est la cause la plus fréquente de surpoids chez le jeune chien, et la plus prévisible. Voir stérilisation.

La suralimentation volontaire de la grande race. L’idée qu’un chiot de grande race doit grandir vite est fausse et nuisible. Une croissance rapide augmente le risque d’ostéochondrose, de panostéite et de dysplasie symptomatique. La croissance d’un chiot de grande race doit être régulière et plutôt lente. Voir croissance et alimentation.

Le traitement contractuel, et ce qui n’est pas couvert#

Il faut être direct : rien de ce qui concerne le surpoids lui-même n’est remboursé.

La consultation de nutrition n’est pas couverte dans la majorité des contrats, sauf quelques forfaits prévention qui l’incluent explicitement. Elle coûte 50 à 100 euros.

L’aliment de régime n’est pas couvert. Les aliments diététiques prescrits, y compris sur ordonnance, sont exclus au titre des produits non médicamenteux. Compter 60 à 100 euros par mois sur un chien de taille moyenne pendant la phase d’amaigrissement.

Le suivi de pesée n’est pas couvert, mais il est généralement gratuit en clinique.

Les compléments et coupe-faim ne sont pas couverts.

En revanche, toutes les affections consécutives au surpoids sont couvertes normalement, sans clause spécifique et sans que l’assureur puisse opposer le surpoids comme un défaut de soins. La clause de négligence présente dans certains contrats vise des manquements caractérisés, pas une conduite alimentaire. Nous n’avons pas connaissance de refus fondés sur le seul état corporel de l’animal, et une telle position serait fragile.

Deux conséquences pratiques en découlent. D’abord, le surpoids est une dépense entièrement à votre charge qui évite des dépenses partiellement remboursées : le rendement du régime est élevé pour vous, indépendamment du contrat. Ensuite, sur un chien en surpoids, le plafond annuel doit être choisi plus haut, la probabilité de mobiliser plusieurs garanties la même année étant supérieure.

Le programme qui fonctionne#

Un amaigrissement canin réussi suit quatre règles, et il est plus simple qu’un régime humain parce que vous contrôlez l’intégralité des apports.

Un objectif chiffré et un rythme lent. Une perte hebdomadaire modérée, de l’ordre de un à deux pour cent du poids, fixée par votre vétérinaire. Un amaigrissement trop rapide fait perdre du muscle.

Une ration pesée, pas mesurée au verre. Une balance de cuisine, une fois pour toutes. L’écart entre un volume estimé et une pesée atteint fréquemment vingt pour cent.

Les friandises intégrées ou remplacées. Morceaux de croquettes de la ration utilisés comme récompenses, ou légumes autorisés. La récompense en éducation compte pour son apport, pas pour son intention.

Un exercice progressif et adapté. Sur un chien arthrosique ou dysplasique, l’exercice se construit avec le praticien, la marche en laisse et la nage étant préférables aux courses et aux sauts.

Le suivi mensuel avec pesée est ce qui fait tenir le programme. Un chien qui perd du poids retrouve en quelques semaines une mobilité que les propriétaires attribuaient à l’âge.

Questions fréquentes#

Le surpoids peut-il faire refuser une souscription ?#

Rarement à lui seul. Les refus portent sur les affections en cours, l’âge hors des bornes et certaines catégories de chiens. En revanche, un surpoids marqué accompagné d’une affection déjà constatée, arthrose, souffle cardiaque, glycémie élevée, conduit à une exclusion particulière portant sur cette affection. Le surpoids agit donc indirectement : il accélère l’apparition des antécédents qui, eux, restreignent le contrat.

Le diabète du chien est-il pris en charge ?#

Oui, au titre de la garantie maladie, et c’est une affection lourde : insuline quotidienne, courbes de glycémie, bilans réguliers, alimentation adaptée. Compter 700 à 1 600 euros par an, à vie, dont l’alimentation qui n’est pas remboursée. Deux paramètres du contrat décident sur ce profil : la franchise, qui doit impérativement être annuelle vu la fréquence des actes, et le plafond annuel. Le diabète du chien est, à la différence de celui du chat, souvent définitif.

Un chien stérilisé grossit-il forcément ?#

Non, mais il grossira si sa ration n’est pas ajustée. La dépense énergétique de repos diminue après l’intervention, et l’appétit peut augmenter. La prise de poids est donc mécanique en l’absence d’ajustement, et évitable avec lui. La réduction à appliquer, et le moment où la commencer, se demandent au vétérinaire lors de la consultation postopératoire. C’est la question la plus utile de cette consultation et la moins souvent posée.

La balance de la clinique est-elle fiable ?#

Oui, et surtout elle est constante, ce qui est l’essentiel pour suivre une évolution. Pesez toujours sur la même balance, dans les mêmes conditions, avant le repas de préférence. La valeur absolue importe moins que la tendance : deux cents grammes d’écart entre deux balances ne changent rien, une hausse régulière de trois cents grammes par mois sur six mois change tout.

Les races prédisposées au surpoids existent-elles ?#

Oui, et c’est documenté. Le labrador, le golden retriever, le beagle, le cocker, le teckel, le carlin et le bouvier bernois figurent parmi les races les plus concernées, avec pour certaines une composante génétique identifiée sur la régulation de l’appétit. Chez ces races, la ration pesée et le suivi mensuel ne sont pas une précaution excessive mais la conduite normale. Voir labrador et profils de risque par race.