Santé du chiot et coûts vétérinaires

Les épillets

Un épillet ne recule jamais. Ses barbules l’empêchent de sortir et il progresse dans les tissus jusqu’à créer un trajet fistuleux. Repéré le jour même, il coûte 120 euros. Trois semaines plus tard, il coûte dix fois plus.

Mis à jour le 7 min de lecture

Des épis de graminées secs en bord de chemin en plein été, un chien dans l’herbe haute au fond

Le mécanisme, qui explique tout#

Les épillets sont les épis secs des graminées sauvages, orge des rats, folle avoine, brome, abondants de mai à septembre en bord de chemin, dans les friches et dans les prés non fauchés. Leur structure est un dispositif de dissémination : une pointe dure, et des barbules orientées vers l’arrière.

Cette géométrie a une conséquence unique en pathologie canine. Une fois entré dans un orifice ou sous la peau, l’épillet ne peut que progresser. Chaque mouvement de l’animal, chaque contraction musculaire le fait avancer de quelques millimètres, jamais reculer. Il creuse un trajet, entraîne des bactéries, et peut migrer très loin de son point d’entrée.

Les localisations par fréquence : le conduit auditif, l’espace entre les doigts, les narines, l’œil et ses paupières, la vulve ou le prépuce, et plus rarement la bouche et les voies respiratoires profondes par inhalation.

Les races à poil long et frisé, cocker, épagneul, caniche, bichon, et les races à oreilles tombantes sont les plus exposées : le poil retient l’épillet contre la peau et l’oreille pendante crée un conduit chaud où il s’enfonce.

Les tableaux à reconnaître, par localisation#

Oreille. Début brutal, en plein promenade ou au retour. Le chien secoue violemment la tête, se gratte l’oreille, penche la tête du côté atteint, gémit. Le caractère soudain distingue l’épillet d’une otite banale, qui s’installe sur plusieurs jours. C’est le tableau le plus caractéristique de toute la pathologie canine estivale.

Patte, entre les doigts. Boiterie, léchage insistant d’un espace interdigité, gonflement rouge et douloureux, puis apparition d’un petit orifice suintant. Le stade fistuleux signifie que l’épillet est déjà remonté.

Nez. Éternuements en salves violentes et répétées, frottement du museau, parfois saignement de nez unilatéral.

Œil. Œil fermé, larmoiement abondant, douleur marquée, rougeur. Risque d’ulcère cornéen si l’épillet frotte la cornée.

Voies respiratoires. Toux violente d’apparition brutale, parfois un seul accès. Un épillet inhalé peut migrer jusqu’au poumon et créer un abcès des semaines plus tard.

Le coût, selon le délai#

SituationPrise en chargeCoût observé
Épillet visible dans le conduit, jour mêmeRetrait à la pince en consultation60 à 150 euros
Épillet dans le conduit, animal douloureuxRetrait sous sédation, otoscopie180 à 400 euros
Épillet interdigité récentIncision locale, extraction, soins150 à 350 euros
Épillet interdigité à trajet constituéExploration chirurgicale sous anesthésie400 à 900 euros
Épillet nasalRhinoscopie ou exploration sous anesthésie350 à 800 euros
Épillet oculaire avec ulcèreRetrait, collyres, contrôles250 à 700 euros
Perforation du tympan par épilletPrise en charge otologique, parfois référés500 à 1 500 euros
Otite moyenne consécutiveTraitement prolongé, imagerie600 à 1 600 euros
Épillet migrant, abcès profond ou pleuralChirurgie en centre de référés, imagerie1 500 à 3 500 euros
Trajet fistuleux chronique sans corps étranger retrouvéExplorations répétées900 à 2 500 euros

Le rapport entre la première et la dernière ligne dépasse un à trente, et il est presque entièrement déterminé par le délai de consultation. C’est, avec le corps étranger digestif, le sinistre où la rapidité de décision a le plus d’effet sur la facture.

Le traitement contractuel, favorable#

L’épillet est un corps étranger d’origine externe qui pénètre l’organisme de façon soudaine et involontaire. Il réunit donc les trois critères de la définition contractuelle de l’accident dans la quasi-totalité des rédactions du marché.

Cette qualification est avantageuse pour trois raisons. La carence accident est courte, deux à sept jours, contre trente à quarante-cinq jours pour la maladie : un chiot arrivé en juin et assuré dix jours est couvert. Le plafond de la garantie accident est parfois distinct et laisse le plafond maladie intact. Et une formule accident seule suffit à couvrir ce sinistre, ce qui compte sur un budget serré la première année. Voir quelle formule choisir.

Deux difficultés apparaissent néanmoins.

La requalification en otite. Un épillet auriculaire vu tardivement, dont le corps étranger n’est plus retrouvé et qui se présente comme une otite externe purulente, sera volontiers traité comme une affection auriculaire, donc maladie. La conséquence est double : la carence maladie peut s’appliquer, et l’épisode alimente un dossier auriculaire susceptible de fonder une exclusion en cas de récidives. La parade est de mentionner, dès la déclaration, le caractère brutal du début et le contexte de promenade en herbe haute, avec la date. Voir otites.

Les épisodes répétés. Un chien de chasse ou un cocker qui présente trois épillets par été verra son dossier s’épaissir. Les épisodes restent des accidents distincts et doivent être déclarés comme tels, chacun avec ses circonstances. Ce qu’il faut éviter, c’est un libellé générique répété du type « otite externe » qui, sur trois ans, construit une chronicité auriculaire là où il n’y a que des accidents saisonniers.

La prévention, simple et efficace#

L’inspection systématique au retour de promenade, de mai à septembre. Trois minutes : oreilles, entre chaque doigt, aisselles, aine, sous la queue, pourtour des yeux. C’est la mesure la plus efficace du dossier, et la seule qui soit gratuite.

La tonte des espaces interdigités sur les races à poil long, à faire en début de saison. Elle supprime le support qui retient l’épillet contre la peau et rend l’inspection immédiate.

L’entretien du poil des oreilles sur les races à oreilles tombantes et poilues, selon les recommandations de votre vétérinaire ou de votre toiletteur.

Le choix des itinéraires. De juin à août, les chemins fauchés, les bois et les zones enherbées courtes exposent nettement moins que les friches et les bords de champ en épis. Cela ne supprime pas le plaisir de la promenade, cela déplace le parcours de deux cents mètres.

Le retrait immédiat de tout épillet visible sur le pelage, avant qu’il ne s’enfonce. Un épillet accroché au poil se retire à la main en deux secondes.

Questions fréquentes#

Peut-on retirer soi-même un épillet de l’oreille ?#

Non, jamais dans le conduit. Vous risquez de le pousser plus profond, de léser le conduit ou de perforer le tympan, et vous ne voyez pas ce que vous faites. Un épillet visible sur le pavillon ou accroché au poil se retire à la main sans difficulté. Dès qu’il est dans le conduit, il faut un otoscope et un instrument adapté, c’est-à-dire une consultation. Entre les doigts, un épillet non enfoncé peut se retirer à la pince à épiler ; dès qu’il y a un gonflement ou un orifice, il est déjà sous la peau.

Un épillet peut-il se résorber tout seul ?#

Non. Le végétal ne se dissout pas et les barbules empêchent tout retour en arrière. Ce qui arrive parfois, c’est qu’il finisse par ressortir par un trajet fistuleux, ce qui n’est pas une guérison spontanée mais une complication après plusieurs semaines de suppuration. L’idée d’attendre que ça passe est ce qui transforme une consultation de 120 euros en une chirurgie de 900 euros.

Les épillets touchent-ils aussi les chiens de ville ?#

Oui, dès qu’ils ont accès à une friche, un talus, un bord de voie ferrée, un parc non fauché ou un terrain vague. Les graminées à épillets poussent partout en France, y compris dans les interstices urbains. Le risque est plus faible qu’en zone rurale, il n’est pas nul, et l’inspection au retour de promenade a la même valeur.

Une otite d’été est-elle forcément un épillet ?#

Non, mais le doute doit être levé. Une otite externe classique s’installe progressivement, sur plusieurs jours, souvent avec une cause sous-jacente allergique ou anatomique. Un épillet donne un début brutal. Devant une otite d’apparition soudaine en saison, l’examen otoscopique recherche le corps étranger avant tout traitement : traiter une otite sans avoir retiré l’épillet garantit l’échec et la complication. Voir otites.

Un épillet inhalé se voit-il à la radiographie ?#

Non, le végétal est radio-transparent. C’est ce qui rend ce diagnostic difficile. La radiographie montre des signes indirects, condensation, abcès, épanchement, qui orientent sans confirmer. Le diagnostic repose sur la bronchoscopie, ou sur l’exploration chirurgicale devant un abcès pulmonaire ou pleural inexpliqué chez un chien ayant couru dans les herbes hautes. C’est la forme la plus coûteuse et la plus tardive, et elle justifie à elle seule de prendre au sérieux une toux brutale en été.